Les opinions exprimées dans cette tribune sont mienne et n’engagent que moi.
J’ai regardé l’interview de Sylvia Bongo Ondimba sur France 24. Je l’ai regardée en entier, attentivement, sans a priori. Et j’ai été frappé non pas par l’émotion du témoignage, qui semble sur-réelle et que je ne nie pas, mais par les questions qu’il laisse sans réponse.
Des accusations graves qui appellent des preuves Sylvia Bongo parle de torture. Elle parle de mauvais traitements. Ce sont des accusations d’une extrême gravité, et elles méritent d’être traitées comme telles : c’est-à-dire, sérieusement, et avec des preuves.
Or, à ce jour, aucun rapport médical indépendant, aucune expertise, aucun témoignage extérieur n’a été rendu public pour étayer ces affirmations. Des chefs d’État africains, des diplomates, des personnalités de son propre réseau ont rendu visite à Mme Bongo pendant sa détention. Aucun d’eux n’a, à ma connaissance, signalé publiquement des traces de mauvais traitement.
Cela ne signifie pas que rien ne s’est passé. Cela signifie que nous ne savons pas. Et dans le doute, c’est la justice gabonaise et française, les deux procédures sont ouvertes qui doit trancher, pas un plateau de télévision.
Un geste d’apaisement transformé en offensive Sylvia Bongo est libre. Elle est en exil à Londres. Elle s’exprime sur France 24. Ce n’est pas rien.
Cette liberté, elle la doit en partie du moins à une décision des autorités de la Transition et à la médiation du président angolais João Lourenço. On peut avoir des opinions très diverses sur le régime issu du 30 août 2023. Mais il me semble juste de reconnaître que cette libération a eu lieu, qu’elle n’était pas acquise d’avance, et qu’elle témoigne d’une certaine volonté d’apaisement.
Utiliser cette liberté retrouvée pour lancer, dès les premières semaines, une campagne médiatique internationale contre le Gabon, c’est un choix. Un choix que l’on peut comprendre humainement. Mais un choix politique, aussi.
La vraie question que les Gabonais se posent Je vis au Gabon. Je connais les Gabonais. Et je peux vous dire que la question qui occupe vraiment les esprits ici, ce n’est pas le confort ou l’inconfort de la détention de Mme Bongo.
C’est : où est allé l’argent ?
Cinquante-six ans de règne Bongo. Un pays assis sur du pétrole, du manganèse, parmi les forêts tropicales les plus riches du monde. Et une population dont le niveau de vie ne reflète en rien ces richesses. Cette question-là, l’interview de France 24 ne l’effleure même pas. C’est peut-être ce qui me dérange le plus.
Ce que j’attends J’attends que la justice fasse son travail des deux côtés. Si des détournements massifs de fonds publics ont eu lieu, ceux qui en sont responsables doivent rembourser et être jugés.
J’attends aussi que le débat public gabonais ne soit pas confisqué par des batailles médiatiques menées depuis Paris ou Londres, mais qu’il se construise ici, à Libreville, avec les Gabonais.
Ce pays a souffert trop longtemps d’être le terrain de jeu d’intérêts qui ne sont pas les siens. Il mérite mieux qu’un nouvel épisode de guerre de communication internationale.
Cette tribune exprime une opinion personnelle. Elle ne constitue pas un article de presse factuel.
Majestueusement vôtre
Claire Newman