L’incarcération de l’ancien ministre du Tourisme, Pascal Michel Ogowé Siffon, placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville, marque un tournant majeur dans la lutte contre la corruption au Gabon. Interpellé quelques heures après sa démission du gouvernement, l’ex-ministre est soupçonné d’avoir détourné plusieurs milliards de francs CFA initialement destinés au développement du secteur touristique national.
Selon des sources proches de l’instruction, les fonds concernés proviendraient de ressources publiques, de dividendes générés par des établissements hôteliers réquisitionnés par l’État, ainsi que de provisions pour investissements diversifiés (PID). Les investigations auraient permis de mettre au jour des mécanismes financiers complexes, révélateurs d’une gestion jugée opaque au sein du ministère du Tourisme.
Des auditions accablantes et des responsabilités élargies
Les auditions menées par la Direction générale de la contre-ingérence (B2) et par les juges d’instruction du tribunal de Libreville auraient été particulièrement approfondies. Au cours de celles-ci, Pascal Michel Ogowé Siffon aurait mis en cause Mme Liliane Ngari, secrétaire générale du ministère du Tourisme, qu’il présenterait comme une collaboratrice clé dans plusieurs opérations financières contestées.
Une confrontation entre les deux responsables administratifs aurait eu lieu le 22 décembre 2025, peu avant l’incarcération de l’ancien ministre. Le lendemain, Mme Liliane Ngari aurait été de nouveau entendue par les autorités judiciaires lors d’une audition prolongée. À ce stade de la procédure, aucune communication officielle n’a permis de préciser les suites judiciaires la concernant, alimentant interrogations et spéculations dans l’opinion publique.
Une affaire aux répercussions politiques sensibles
Pour de nombreux observateurs, la crédibilité du processus de transition et de la Ve République se joue dans la capacité des autorités à laisser la justice travailler librement, sans pression ni considération personnelle. Toute perception d’ingérence ou de traitement différencié risquerait de renforcer les soupçons persistants d’impunité au sommet de l’État.
Un test pour la lutte contre l’impunité
En interne, certaines sources évoquent la volonté des autorités judiciaires de faire de cette affaire un dossier de référence, susceptible de démontrer que nul n’est au-dessus de la loi, quelles que soient les fonctions exercées ou les liens familiaux entretenus avec le pouvoir. À l’inverse, un enlisement ou une issue perçue comme complaisante pourrait durablement fragiliser la confiance des citoyens dans les institutions judiciaires.
Désormais détenu à la prison centrale, Pascal Michel Ogowé Siffon attend la poursuite de la procédure judiciaire. Les développements à venir, notamment concernant les autres personnes citées dans ce dossier, seront scrutés avec attention par l’opinion publique, la société civile et les acteurs politiques.
Plus qu’un simple fait divers judiciaire, l’affaire Ogowé Siffon s’impose comme un révélateur des choix à venir en matière de gouvernance, de transparence et de responsabilité publique au Gabon.
Claire Newman

Citoyenne engagée 🗡❤️